Le super volcan de Yellowstone
Les effets d'un super volcant
La super éruption du Toba survenue voici 74000 ans donna naissance à
un lac dans la caldéra mesurant 100 km de longueur et 60 km de largeur.
En deux mots, ce fut une explosion colossale dont les cendres ont été
disséminées sur des milliers de kilomètres à la
ronde.
Les scientifiques commencent seulement à comprendre les effets de la
libération d'autant de cendres volcaniques sur le climat de la planète.
Si on analyse les carottes géologiques relevées aux quatre coins
du monde au fond des océans et aujourd'hui précieusement conservées
à l'Université américaine de Columbia, on peut découvrir
ce qui s'est passé à l'époque où Toba explosa.
Le Prof. Michael Rampino de l'Université de New York étudia ces
échantillons et conclut aujourd'hui que la taille de l'éruption
de Toba fut gigantesque. On parle ici de quelque 3000 km3 de matière
qui furent éjectés du volcan. Cela représente environ 10000
fois la taille de l'éruption du St.Helens en 1980 que l'on considère
comme l'une des plus importantes éruptions à ce jour.
Eruption de l'Etna le 17 juillet 2001.
L'énergie libérée par la super éruption du Toba
aurait été équivalente à 1 GT de TNT, soit environ
67000 fois la bombe d'Hiroshima. C'est une VEI 8 dix fois plus intense que le
seuil minimum, produisant des effets similaires à celui de l'impact d'un
astéroïde d'au moins 800 m de diamètre sur un sol granitique.
A 2500 km de Toba on retouve dans le fond des océans une couche de cendre
épaisse de 35 cm qui s'est déposée juste après l'éruption.
Elle révèle que Toba provoqua un événement super
volcanique d'une puissance bien supérieure à toutes les autres
éruptions volcaniques connues jusqu'à aujourd'hui. L'analyse des
cendres révéla que l'éruption fut riche en soufre et aurait
libérée une énorme quantité de dioxyde de soufre
et d'autres gaz jusqu'à la stratosphère, d'où ils seraient
retombés sous forme d'aérosols composés d'acide sulfurique,
affectant le climat de la Terre durant des années.
Suite à l'éruption du Pinatubo en 1991, nous savons que les cendres
transportées jusqu'à la stratosphère, à plus de
18 km d'altitude à cette latitude, ont obscurcit la lumière du
Soleil et entraîné un refroidissement du climat à l'échelle
mondiale. L'année qui suivit cette éruption, on assista en effet
à une chute de la température globale moyenne de 0.5°C. En
comparant la quantité de matière éjectée par le
Pinatubo mais également le St.Helens (VEI 5), le Krakatoa (VEI 6) et
le Tambora (VEI 7), Rampino a évalué la chute de température
provoquée par le Toba à 5°C.
A l'échelle du climat de la planète, une chute de 5°C représente
un hiver global. Aux latitudes élevées (50-70°) cela représente
un refroidissement de 15°C durant les mois d'été : l'Europe
qui supporte 30°C parfois 40°C en été verrait tomber de
la neige en juillet; on assisterait à un hiver volcanique. Les effets
sur l'agriculture, sur la croissance des plantes et sur la vie océanique
seraient catastrophiques. Ce temps hivernal où l'Angleterre, la Scandinavie
et le Canada subiront un climat polaire devrait persister durant des années
portant un coup fatal à beaucoup d'êtres vivants, animaux et végétaux.
Mais quel serait l'impact sur l'homme ? La réponse n'est malheureusement
pas inscrite dans les roches. Nous pouvons nous en faire une idée si
nous remontons à l'époque où l'homme de Néanderthal
dût affronter les grands froids il y a 75000 ans, durant la glaciation
de Würm qui dura plus de 20000 ans. Mais ce sont des témoignages
indirects (abris sous roche, peaux de bêtes et quelques ustencils grossiers).
On peut en savoir plus si nous séjournons au Canada, dans les pays Scandinaves
ou en Asie centrale en hiver; c'est à peu près le climat que l'Europe
occidentale devrait supporter durant un hiver volcanique, mais avec des ressources
beaucoup plus réduites et sachant que ces conditions climatiques et économiques
très rudes dureront toute l'année. Quand je vous parlais de sueurs
froides, cette fois c'est beaucoup plus concret...
Les mitochondries au secours des anthropologues
Ayant appris ce bouleversement écologique, deux professeurs spécialistes
de génétique humaine à l'Université d'Utah, Lynn
Jorde, généticien à l'Ecole de Médecine et Henry
Harpending, anthropologue, ont relié cet événement à
la question de l'évolution génétique des mitochondries,
l'un des organismes les plus anciens et aujourd'hui totalement intégré
à la biologie humaine.
En analysant le taux de mutation de l'ADN mitochondrien au cours des âges,
Jorde et Harpending s'aperçurent qu'un étrange phénomène
émergeait de leurs résultats. Il s'attendaient à observer
une taille relativement constante des populations, avec localement des pics
de croissance et des périodes de stagnation voire de décroissance,
y compris des mélanges de population. Or ils observèrent que la
population humaine avait franchement diminué à une certaine époque.
A gauche, représentation d'une mitochondrie. A droite, quelques unes
des mutations que peuvent subir les mitochondries et les maladies associées.
Documents FSU/Microscopy/Hybrid Medical Animation et CSTL/NIST.
Cette observation confirma ce que pensaient déjà d'autres généticiens.
On s'est longtemps demandé pourquoi l'humanité actuelle présentait
un patrimoine génétique contenant si peu de variantes alors qu'il
était si riche au départ ? Quel phénomène avait
bien pu être à l'origine de cette évolution à rebours
? On constate en effet qu'aujourd'hui toutes les sociétés humaines,
qu'elles vivent en Afrique, en Europe, en Asie ou en Amérique présentent
pratiquement le même patrimoine génétique alors qu'en l'espace
de cent mille ans nous aurions dû obtenir une diversité génétique
bien plus abondante du fait des combinaisons génétiques. Quel
pouvait en être la cause ? La réponse est qu'il y eut une diminution
dramatique de la population quelque part dans le passé. Les scientifiques
situent cet événement il y a moins de 100000 ans : un goulet d'étranglement
eut lieu pour une raison qui restait à découvrir.
L'ADN humain est si similaire aujourd'hui à travers les populations
que les scientifiques en ont conclu qu'il y eut certainement une réduction
catastrophique de la population par le passé. Comment l'imaginer ? Harpending
prend l'exemple de la population actuelle qui est d'environ 6 milliards d'habitants.
L'événement qui s'est produit correspond à une extinction
quasi totale où seuls quelques milliers d'individus auraient survécu.
En fait notre espèce était sur le point de disparaître.
Mais en corollaire cela en dit long également sur notre évolution.
D'une extraordinaire diversité antérieurement à l'éruption,
nos ancêtres seraient passés par un goulot d'étranglement
qui expliquerait la pauvreté de notre patrimoine génétique
aujourd'hui. Concrètement, cela signifie que nous descendons tous d'une
même famille.
Selon Lynn Jorde, les mutations des mitochondries s'effectuent avec une grande
régularité et le nombre de mutations peut servir d'horloge génétique
pour dater les événements majeurs. Dans le cas de notre étranglement,
Jorde et Harpending ont estimé qu'il s'était produit voici 70
ou 80000 ans. Reste à savoir quel événement a provoqué
cette mortalité majeure qui ne laissa sur Terre que 5 ou 10000 survivants
?
Les acteurs
Les professeurs Lynn Jorde, Henry Harpending et Stanley Ambrose. Documents
Deseretnews/Laura Seitz, Harpending et U.Illinois/News Bureau.
Jusqu'à présent les généticiens n'avaient aucune
idée de ce qui avait pu causer cet accident. Henry Harpending commença
alors une série de conférence dans les universités américaines
pour discuter de ce "bottleneck". C'est à cette occasion qu'il
fut invité par le Prof. Stanley Ambrose, paléoanthropologue à
l'Université de l'Illinois pour donner une conférence à
ses élèves.
C'est en lisant l'histoire de l'étranglement de la population humaine
et en se demandant qu'elle pouvait bien en être la cause qu'Ambrose trouva
l'explication. Il communiqua immédiatement son idée à Harpending
qui ne lut son message qu'une semaine plus tard. Ambrose parlait de la super
éruption d'un volcan appelé Toba de Sumatra...
Ainsi que nous l'avons dit, l'équipe de chercheurs partit de l'hypothèse
que l'étranglement est survenu entre 70 et 80000 ans bien que cette date
soit encore largement débattue. Le super volcan Toba explosa voici 74000
ans, juste au milieu de cette période. La super éruption de Toba
aurait donc conduit à l'extinction de la plupart des êtres humains.
Rappelons qu'à cette époque l'homme avait déjà conquit
la plupart des terres immergées d'Afrique, d'Europe, d'Amérique
et d'Asie, et voici 500000 ans la population comptait déjà plusieurs
millions d'âmes. Avant l'explosion on pense que des centaines d'espèces
d'hominidés plus ou moins ramifiées et affiliées vivaient
sur Terre. Après l'explosion une seule espèce aurait survécu,
celle qui aboutit à l'homo sapiens.
Si les deux événements sont vraiments reliés, cela a des
implications terrifiantes sur la future éruption de Yellowstone. Son
éruption pourrait être de la même ampleur que celle de Toba
et aurait un effet dévastateur, et pas seulement sur la région
alentour, mais sur toute la Terre.
Scénario de la super éruption de Yellowstone
Pour Michael Rampino, la super éruption de Yellowstone serait entre
1000 et 2500 fois plus puissante que celle du Mont St.Helens, une puissance
que le Yellowstone a déjà mis en oeuvre par le passé. Imaginez
plus de 1000 volcans comme le St.Helens ou le Pinatubo entrant en éruption
simultanément... L'explosion libérera dans l'atmosphère
entre 1000 et 2500 km3 de cendres et de matière volcanique. Des blocs
de magma incandescents de plusieurs mètres cubes tomberont sur le sol
à une vitesse supersonique. En quelques minutes des centaines de milliers
si pas des millions de personnes succomberont aux Etats-Unis, instantanément
incinérées, pulvérisées. Les grandes plaines fertiles
seront recouvertes de cendres.
Si cela se produit en hiver les cendres se mêleront à la neige
pour former des flots de boues, des lahars encore plus dévastateurs du
fait de leur densité élevée et de leur plus forte inertie.
En quelques jours le nuage de cendre atteindra le Golfe du Mexique.
Le souffle de l'explosion transportera dans la haute atmosphère des
milliards de milliards de tonnes de cendre, de poussière et de dioxyde
de souffre qui obscurciront graduellement la lumière du Soleil. Le climat
sera altéré à l'échelle mondiale en l'espace de
quelques mois. Nous subirons un hiver volcanique continu qui durera plusieurs
années. Les récoltes seront détruites durant plusieurs
saisons voire durant plusieurs années, et en particulier les réserves
de blé des Etats-Unis qui sont aujourd'hui le grenier à blé
de toute la planète. L'effet économique sera catastrophique et
il faudra sans doute une génération ou deux pour voir la vie renaître,
soit un demi-siècle de privations durant lequel la vie sera excessivement
pénible pour tout le monde !
Extension des deux précédentes éruptions de Yellowstone.
Les 2/3 des Etat-Unis sont touchés. Cela risque-t-il de se reproduire
? Les scientifiques le pensent. Document préparé par Dan Brennan
et Mary Diman/UW-Madison News Graphics, traduit et adapté par l'auteur.
Tous droits réservés.
Les plus pessimistes prédisent même que cet événement
sera fatal pour l'humanité du fait qu'il n'y aura plus aucune ressource
disponible avec tous les débordements sociaux que cette situation entraînera.
Si cette théorie semble confirmée par les événements
du passé, quelques scientifiques s'opposent à cette conclusion
jugée trop ardie. Pour notre survie, espérons que ces derniers
aient raison.
Si cette théorie s'avère exacte, et elle semble a posteriori
confirmée par plusieurs événements distincts, on comprend
mieux pourquoi les scientifiques eurent des sueurs froides quand on leur apprit
que Yellowstone était non seulement un super volcan, mais qu'il était
prêt à se réveiller... Une histoire qui pourrait conduire
à la 6eme extinction, celle de l'Humanité.
Je serais tenté de dire que même dans un scénario aussi
pessimiste, il ne faudrait pas s'inquiéter à outre mesure car
il y aura toujours quelques survivants, et peut-être compterons-nous parmi
ceux-là K. Trêve de plaisanterie, vu l'état de la planète
après cette catastrophe, il serait peut-être préférable
que nous disparissions dans l'éruption, car j'aimerais autant conserver
le souvenir de l'herbe verte et du ciel bleu ponctué ci et là
de cumulus de beaux temps plutôt que de voir de l'herbe sèche,
des arbres morts rongés par l'acide sulfurique, un ciel gris à
perte de vue et devoir vivre le restant de ma vie dans le froid et sous les
lumières artificielles L... Mais gardons espoir, car l'homme a toujours
conservé son instinct de survie.
Quelle histoire !
Liens : http://www.astrosurf.org/lombry/impact-supervolcan-yellowstone2.htm